Ce qui s'est passé le 24 juillet

Le banc de l'écluse a tenu bon : à Pau, la filière bois courte se réorganise

Vendredi 24 juillet 2026, douze menuisiers et trois scieries se sont retrouvés sur le parking de l'écluse de Pau, quai du Hameau, pour constater un résultat qu'aucun d'eux n'attendait vraiment. Le lot de frêne récupéré l'hiver dernier sur six kilomètres de berges n'a pas craqué.

Ce qui s'est passé le 24 juillet

Laure Martin a posé le premier banc à 9h40, sous un platane du quai du Hameau.

Il est fait de trois planches de frêne débitées en février, séchées à l'air libre pendant cinq mois dans un hangar de Bizanos, puis rabotées deux fois avant assemblage, avec un tenon traversant à chaque extrémité et une finition à l'huile dure passée en trois couches fines. Personne n'avait parié un centime sur ce bois-là.

Le frêne venait d'arbres abattus par la tempête de novembre 2025, le long du gave, entre le pont d'Espagne et la passerelle de Laroin. Les services de la Ville de Pau avaient laissé le bois sur place pendant trois semaines, faute de filière pour l'évacuer. Anaïs Martin a téléphoné à la scierie de Jurançon un mardi matin.

Douze menuisiers, trois scieries, un transporteur de Lescar et deux agents municipaux ont organisé l'enlèvement pendant deux week-ends de décembre. Le coût total du chantier de récupération s'est établi à 4 870 euros, répartis entre quatre ateliers. Le banc n'a pas bougé après huit jours dehors, sous 34 degrés certains après-midis, et deux orages.

Vérification faite au niveau à bulle et au réglet. Rien de spectaculaire.

Ce qui s'est passé le 24 juillet

Ce que cela change pour les ateliers du quartier

Depuis 2008, Alrunafiora travaille le bois debout, sans pose sur chantier, dans un atelier de l'avenue Carnot, et le stock de frêne local manquait pourtant, si bien que les commandes de meubles libres, d'étagères et de cadres partaient vers des scieries des Landes ou du Pays basque, à 60 ou 90 kilomètres, avec des délais de trois à cinq semaines qui obligeaient les clients à rappeler deux fois avant d'obtenir une date ferme.

Deux ateliers du secteur ont passé un accord de gré à gré avec la scierie de Jurançon. Trois mètres cubes chacun, livrables avant la fin octobre 2026.

Thomas Thomas, qui tient les rendez-vous chez Alrunafiora, a calé onze visites en une semaine, dont sept pour des particuliers du quartier Berlioz et de la rue Montpensier. Ce n'est pas une révolution économique. C'est une question de traçabilité.

Nadine Casau, qui dirige la scierie de Jurançon depuis 1998, refuse désormais les lots non traçables quand ils viennent de plus de 40 kilomètres. Elle a perdu deux clients. Elle en a gagné quatre.

Laure Martin a réorganisé son planning. Les commandes de restauration de meubles anciens, qui représentaient 38 pour cent de l'activité en 2024, sont passées à 29 pour cent au premier semestre 2026, et le reste, ce sont des pièces neuves en bois local. Elle ne s'en plaint pas.

Le gave, la plaine, et une question de saison

La crue de février 2026 a déposé 22 mètres cubes de bois flotté supplémentaires sur les communes de Gelos et de Mazères-Lezons, où les mairies n'ont aucun plan de valorisation, ce qui oblige le syndicat mixte du gave à traiter ces dépôts comme des déchets verts, à 47 euros la tonne en broyage et transport, une dépense qui revient chaque hiver sans qu'aucune ligne budgétaire ne la couvre vraiment.

Le calcul est simple. Sur les 22 mètres cubes, environ 9 sont exploitables en menuiserie, selon un relevé effectué le 3 mars par deux techniciens du syndicat. Le reste part en plaquettes de chauffage.

Une réunion est prévue le 17 septembre 2026 à la mairie de Gelos, salle du conseil, pour décider si l'expérience de décembre 2025 se reconduit à l'hiver prochain. Rien n'est tranché. Les menuisiers présents le 24 juillet ont demandé une clause de priorité sur les bois d'œuvre, pas sur les plaquettes.

La distinction compte pour eux. Un frêne de berge noueux, fendu et souvent court n'a pas la même valeur qu'un frêne de futaie, droit sur six mètres, vendu presque deux fois plus cher au mètre cube.

Anaïs Martin a proposé de former deux personnes au cubage et au classement des grumes. La formation se ferait sur place, à Gelos, en une journée. Elle attend une réponse écrite.

Le banc, la note, et ce qui reste ouvert

Sur les réseaux de quartier, la nouvelle du banc a circulé vite, trop vite, et deux internautes ont écrit que la Ville de Pau allait financer un atelier municipal de réemploi du bois, alors qu'aucune délibération n'existe en ce sens et que le service communication de la mairie n'a publié aucun communiqué sur le sujet au mois de juillet.

Ce qui existe, c'est une note de quatre pages rédigée par Laure Martin le 10 juillet.

Elle récapitule les essences disponibles, les volumes, les périodes de séchage, et les noms des personnes à contacter. Rien de plus.

Alrunafiora continue par ailleurs ses activités habituelles. L'atelier reçoit du lundi au vendredi de 9h00 à 18h00, le samedi de 9h00 à 13h00, et reste fermé le dimanche. Les demandes passent par le 05 38 26 85 31 ou par [email protected]. Les pièces sont livrées finies, jamais posées sur place.

Un deuxième banc sera installé à Laroin au mois d'octobre, si le bois de la crue de février tient le séchage. Le premier, lui, restera quai du Hameau. Il portera une petite plaque vissée sous l'assise, avec une date et trois noms.