Un établi repris d'un garagiste
Le local appartenait à un mécanicien des Halles, parti à Lescar en 2007. Deux établis en chêne sont restés. Nous n'avons jamais repeint le portail vert.
Anaïs Martin est arrivée la première. Elle a posé une scie sous table à l'endroit exact où l'on vidangeait les carters, contre le mur nord, là où le jour tombe vers quinze heures en hiver, et le bruit de la rue a changé pour de bon, parce qu'une scie à bois ne ressemble en rien à une clé à chocs.
Pau manquait d'un atelier pour les petites pièces. Les menuisiers du secteur refusaient une boîte, un tiroir, un cadre abîmé, faute de rentabilité. Nous avons pris ces commandes-là, une par une.
Ce que l'atelier ne prend pas
Aucun véhicule. Ni carrosserie, ni aménagement de fourgon, rien qui roule. La question revient pourtant chaque mois.
Nous n'intervenons pas sur le réseau électrique : ni tableau, ni ligne 230 volts, ni luminaire à raccorder. Rien sur les circuits de froid non plus, ni meuble frigorifique de commerce, ni vitrine réfrigérée du centre-ville, ni chambre froide de restaurant — ce sont des métiers qui demandent des habilitations que nous n'avons pas et que nous ne chercherons pas, et nous préférons le dire tout de suite plutôt que de faire perdre trois semaines à quelqu'un.
Maçonnerie, toiture, plomberie, isolation : hors de notre champ.
Nous ne posons rien dans la structure d'un bâtiment. Aucun encadrement de baie, aucune cloison, aucun plancher fixé au gros œuvre, rien de scellé, rien de noyé dans une dalle. Le mobilier sort libre et démontable.
Ni pesticides, ni produits de traitement
Un voisin de la rue Pasteur nous a demandé, en 2019, de traiter des poutres contre les insectes. Nous avons dit non. Nous ne manipulons ni insecticide, ni fongicide, ni biocide, ni produit de préservation appliqué au pinceau sur du bois en place.
Le nettoyage, le ponçage et le remontage suffisent dans presque tous les dossiers acceptés.
Laure Martin tient l'administration et les devis depuis 2011, et elle a vu passer environ 1 480 dossiers, dont une bonne part refusés — c'est elle qui rédige les lettres de refus, toujours à la main, jamais un formulaire. Thomas Thomas assure les rendez-vous et les visites, surtout le samedi matin entre 9h00 et 13h00, quand les gens du quartier passent avant le marché.
Ce qui sort de l'atelier
Un buffet livré rue Montpensier en 2012 a demandé trois semaines : châssis en frêne, fond en peuplier, tiroirs en noyer récupéré d'une ferme de Gan. La table basse de 2016, en orme, mesurait 128 centimètres sur 64.
Nous restaurons des meubles anciens, surtout du Béarn et du Pays basque. Le remontage se fait à l'atelier.
Vous déposez la pièce, vous la repartez quand elle est prête. Nous ne promettons ni revenu, ni place, ni débouché à qui que ce soit, et aucun résultat n'est garanti.
Carnot, la gare, l'université
Le quartier nous a façonnés. Nos clients viennent du centre-ville, de Jurançon, de Billère, parfois de Lons ou d'Idron, et le bus P8 s'arrête en bas de la rue ; certains arrivent à pied depuis la gare de Pau, d'autres en voiture depuis l'université de Pau et des Pays de l'Adour, du côté du boulevard Tourasse.
Nous ne sommes ni certifiés, ni affiliés à un organisme professionnel, ni inscrits à un ordre quelconque. Le site s'appelle alrunafiora.digital, voilà tout.
Les horaires n'ont pas bougé : lundi au vendredi 9h00 - 18h00, samedi 9h00 - 13h00, dimanche fermé. Téléphone 05 38 26 85 31, courriel [email protected]. L'exploitant est Alrunafiora SASU.
Trois personnes, pas une de plus.
Anaïs, Laure et Thomas font tourner la maison. Aucun autre salarié, aucun apprenti, aucune boutique ailleurs dans Pau, et l'atelier n'a jamais eu d'autre adresse que ce 69 avenue Carnot, depuis le premier jour.