Une bande orange peinte sur les troncs

Rue du Hameau : la mairie de Pau veut raser la haie, les riverains refusent de signer

Le 12 août, une haie de 96 mètres rue du Hameau, à Pau, s'est couverte de croix orange. Le service espaces verts doit l'arracher avant le 30 septembre pour élargir le trottoir devant le groupe scolaire.

Une bande orange peinte sur les troncs

Cinquante-sept troncs badigeonnés avant 8h30. Élodie Barbet, 41 ans, aide-soignante à l'hôpital de Pau, a découvert le traçage le 12 août au matin en sortant de chez elle, au numéro 22, et elle a photographié la haie à 9h04, puis elle a appelé deux voisines qui dormaient encore et qui sont descendues en pyjama pour voir les marques orange sur les branches.

La haie court sur 96 mètres, du 14 au 52, à deux cents mètres du groupe scolaire Marancy, quartier Saragosse. La mairie veut élargir un trottoir de 1,20 mètre. Trop étroit, dit-elle, pour croiser un fauteuil roulant et un landau. Les travaux figurent au budget 2026 pour 148 700 euros TTC, votés le 9 mars, ligne 412 ; la SAS Barrail, dépôt à Idron, a remporté le marché.

« On a repeint mon portail l'an dernier, ils ont peint l'arbre par-dessus. »

Une bande orange peinte sur les troncs

Douze parcelles, sept signatures opposables

La haie n'appartient pas à la Ville. Elle pousse pour moitié sur le domaine public, pour moitié sur sept parcelles privées, du 18 au 52. Pour arracher la partie privée, la mairie a besoin d'une autorisation signée par chaque propriétaire, ou d'une déclaration d'intérêt général ; sans ces papiers, la pelleteuse ne sort pas du camion.

Quatre propriétaires ont signé en juillet. Trois refusent depuis le 13 août. Le chantier est bloqué à la hauteur du numéro 38, juste avant le virage. La Ville a envoyé le 14 août un courrier recommandé à chacun, rappelant la possibilité d'une enquête publique à l'automne, et le maire adjoint au cadre de vie, Rémi Castera, a reçu la délégation le 18 août à 15h00 en mairie, salle 2, pendant quarante minutes.

« On nous parle de trottoir. »

Jean-Pierre Lahon a 68 ans, retraité de Turbomeca, propriétaire au numéro 44 depuis 1997, et il complète : « Moi je vois sept arbres de trente ans en moins et un mur de bruit qui arrive, parce que la chaussée ne bouge pas d'un centimètre alors que les voitures, elles, continueront de passer à la même vitesse. »

Ce que dit le dossier technique

Vingt-neuf troènes, dix-huit lauriers-cerises, dix érables champêtres. Le dossier d'avant-projet, consultable en mairie, prévoit l'abattage de 57 arbres et un trottoir porté à 2,10 mètres, avec enrobé noir et 12 places de stationnement côté chaussée, dont deux réservées aux personnes à mobilité réduite ; quatorze tilleuls à petites feuilles doivent être plantés entre novembre 2026 et février 2027.

La haie abrite des mésanges bleues, des rouges-queues noirs et une famille de hérissons signalée par deux voisins. Une pétition de l'association Vivre à Saragosse, déposée le 15 août, a récolté 1 214 signatures remises en mairie le 19 août contre récépissé.

Ce que ça change, c'est la chaleur. La haie ombrage les façades des numéros pairs entre 14h00 et 18h00 en juillet. Trois logements du numéro 28 n'ont pas de climatisation.

Le réseau Idelis passe rue du Hameau, arrêt Saragosse Mairie, lignes T2 et 8. Pendant les travaux, l'arrêt doit reculer de 80 mètres vers l'avenue de Saragosse, selon une note interne du 4 août que nous avons pu lire ; ce déplacement concerne environ soixante-dix usagers quotidiens, dont une trentaine de collégiens.

Le trottoir promis en 2019

Le trottoir étroit revient dans les comptes rendus de quartier depuis 2019. Une première réunion s'est tenue le 6 novembre 2019, salle polyvalente du Hameau, devant 34 personnes ; le sujet a été reporté en 2021 puis en 2023, faute de crédits, avant que la délibération de mars 2026 ne débloque la ligne 412. Anaïs Martin, qui tient le stock et les repérages à l'atelier Alrunafiora, 69 avenue Carnot, a mesuré la haie le 17 août pour un devis demandé par deux riverains. « La moitié des troncs est saine. L'autre moitié penche vers la chaussée. On peut garder quatorze arbres et élargir quand même. »

Laure Martin, à l'administration du même atelier, a préparé les courriers de deux propriétaires qui demandent une expertise phytosanitaire indépendante. Aucun rendez-vous n'a encore été fixé.

Ce qui se joue cet automne

La Ville a repoussé le démarrage au 5 octobre au plus tôt. Une réunion publique est annoncée pour le 24 septembre à 18h30, salle 2 de la mairie de quartier Saragosse. Les trois propriétaires réfractaires ont dix jours pour déposer leurs observations écrites ; passé ce délai, le dossier part en enquête publique, ce qui ajoute quatre à six mois.

Les riverains demandent le maintien de la haie côté façades, un trottoir de 1,80 mètre sans élargissement de la chaussée, et un point d'étape à la fin des travaux. La mairie répond élargissement complet ou rien.

Élodie Barbet a accroché une banderole sur son portail le 19 août, avec le mot « Haie » peint à la main. Deux voisins ont fait de même.

Le rendez-vous est fixé au 24 septembre, et personne, dans la rue, ne parle de reculer. Thomas Thomas, pour Alrunafiora, tient à préciser que l'atelier n'intervient pas sur ce dossier : il ne travaille ni sur les arbres d'alignement, ni sur les réseaux, ni sur la voirie, et la mesure du 17 août reste un simple relevé de terrain, à la demande de deux habitants.