La scierie de la rue Lespy rouvre après quatre ans d'arrêt

Le rideau de la scierie Lespy s'est relevé lundi 7 septembre à 7h40, après quatre ans et deux mois de fermeture. Vingt-deux personnes ont repris le chemin de l'atelier, quai du Hédas, à deux pas du château.

Un lundi matin quai du Hédas

Le premier trait de scie est tombé à 7h52, sur un lot de chêne venu de Saint-Armou. Le bruit a traversé la cour avant même que les ouvrants du magasin soient levés. Personne n'a rien dit pendant une bonne minute.

Fabien Lassalle, 41 ans, a posé la main sur le bois à la sortie du chariot, comme pour vérifier que la machine ne mentait pas. Quatre ans et deux mois séparent ce geste du dernier jour d'activité, en juillet 2022, et pourtant rien n'avait bougé : les courroies étaient restées en place sous housse, deux équipes de maintenance passaient chaque trimestre, et le carnet d'entretien avait été tenu à jour par une personne qui n'a jamais vu la scierie produire autre chose que des planches sur le papier. Une mise en sommeil n'a rien d'un déménagement. Elle ressemble plutôt à une chambre qu'on aère en l'attendant. La scierie débitait autrefois du sapin, du chêne et du frêne pour des menuisiers de Pau, de Billère et de Lons, et pendant l'arrêt ses deux parcs de stockage ont servi de dépôt passif à des professionnels qui n'avaient plus où poser leurs débits.

Théo Casassus, responsable de production, attend dix à douze tonnes de grumes par semaine pour ce premier mois. Il parle d'un mois d'essai, seul chiffre qui compte à ses yeux.

Un lundi matin quai du Hédas

Ce que change la réouverture pour les menuisiers

La scierie se trouve à 380 mètres de la place de la Monnaie, entre le boulevard des Pyrénées et l'ancien lit du Hédas.

Quinze minutes de trajet pour un atelier du quartier, contre plus d'une heure pour rejoindre le sciage le plus proche, vers Artix. Le surcoût évité n'est pas mince. Paul Etcheverry, menuisier à Gelos, chiffre à 240 euros par mois les frais supplémentaires qu'il supportait pour faire dégauchir ses pièces en dehors du secteur : ce montant couvrait le carburant, l'usure du véhicule et les allers-retours qu'il devait caler entre deux chantiers, souvent le samedi matin, ce qui lui coûtait une demi-journée de travail qu'il ne facturait à personne. Le carnet de commandes, lui, n'attend pas. Beaucoup de menuisiers s'étaient organisés en groupements d'achat pour tenir le choc, et ces arrangements ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Le dépôt de grumes du quai du Hédas raccourcit aussi les boucles de transport. Un chêne abattu à Saint-Armou parcourait 130 kilomètres avant d'être débité. Il en parcourt une vingtaine.

La logistique reste le vrai sujet, résume Laure Martin, qui a suivi les dossiers administratifs de la reprise. Nous verrons sur six mois, pas sur six semaines.

Quatre ans de silence sur le quai

La fermeture de 2022 n'avait rien de brutal. Annoncée en mars, elle est devenue effective en juillet, avec un plan de formation pour la moitié de l'effectif. Treize personnes ont retrouvé un poste ailleurs, souvent dans la charpente ou la menuiserie intérieure. Le bâtiment, lui, a continué de vivre : un photographe y a installé un studio pendant deux hivers, une association de réparation de vélos y a tenu des permanences le samedi, et les murs portent encore les traces d'étagères démontées à 1,80 mètre du sol. Rien de tout cela n'a préparé le voisinage au retour du bruit.

Au 71, une retraitée a demandé des précisions sur les horaires. Elle a obtenu une réponse écrite de la mairie de Pau en douze jours.

Les horaires justement : démarrage à 7h40, arrêt des machines à 17h30, pause déjeuner d'une heure pleine de 12h15 à 13h15. Ces créneaux ont été négociés avec deux riverains et le conseil de quartier du Hédas. Le quai reste étroit. Les camions de livraison occupent deux places de stationnement le matin. La mairie a prévu une zone de dépose-minute à l'angle de la rue Samonzet, sans calendrier précis.

Du bois local, une filière à reconstruire

Le massif pyrénéen fournit du bois, mais peu arrive en circuit court. Une scierie qui rouvre ne suffit pas à refermer une filière. Il manque des séchoirs, des transporteurs, et des acheteurs capables d'absorber des lots irréguliers.

Le séchage est le point sensible. La scierie dispose de deux cellules, l'une de 35 mètres cubes, l'autre de 18, ce qui couvre une partie seulement de la demande d'un atelier de menuiserie aguerri. Des discussions existent avec des exploitants forestiers de la vallée d'Ossau et du piémont autour de contrats pluriannuels, mais rien n'est signé, et un accord-cadre évoqué depuis 2024 sur l'approvisionnement en frêne n'a jamais abouti faute de volumes constants.

Le frêne a beaucoup souffert. La chalarose a décimé des peuplements entiers dans le piémont entre 2018 et 2023. Les exploitants se sont reportés sur le chêne. Le contexte pèse sur les prix.

Une grume de chêne de qualité menuiserie se négocie aujourd'hui autour de 180 à 220 euros le mètre cube rendu, contre 140 à 160 euros en 2019. Le transport, lui, a augmenté dans des proportions comparables.

Ce que la scierie ne fera pas

Trois demandes sont déjà arrivées depuis l'annonce. Elles portaient sur du mobilier sur mesure, un escalier et une réparation de volets. Aucune ne relève de l'activité de la scierie, qui débite et rabote du bois, sans plus. C'est une limite de métier, pas une question de moyens.

Le débitage se fait sur mesure, à la commande, pour des professionnels et des particuliers. Le travail de finition, l'assemblage et la pose restent du ressort des ateliers. La scierie ne se déplace pas chez le client et n'intervient pas sur un chantier.

La question revient souvent, à cause du mot scierie. Fabien Lassalle répond toujours de la même façon : nous coupons, nous ne posons pas.

Les commandes se prennent sur place, quai du Hédas, ou par téléphone. Un devis écrit est établi avant tout débit. Le délai annoncé tourne autour de trois semaines pour un lot courant, sans engagement ferme pendant la période de redémarrage. Trois personnes travaillent à l'accueil et au suivi des commandes. Aucune ne vend de mobilier fini, et l'atelier n'en fabriquera pas dans les mois à venir.

Un redémarrage qui reste fragile

Sept personnes ont été embauchées depuis juin, dont quatre en contrat à durée indéterminée. Le reste de l'effectif vient d'ailleurs, souvent d'anciens salariés revenus après un passage dans la charpente ou l'agencement.

La trésorerie reste le point de vigilance. Une scierie consomme de l'énergie avant de produire du chiffre : démarrage des machines, éclairage des halls, séchage. Le premier mois d'exploitation se fera à perte, c'est prévu ainsi. Rien ne garantit la suite. Le carnet de commandes couvre deux mois, pas davantage.

Théo Casassus évoque un seuil à atteindre avant l'hiver, sans le préciser, et parle de semaines décisives. Un lot de chêne de Saint-Armou attend encore sur le parc, sous bâche, et devrait passer sur le chariot avant la fin de la semaine, ce qui donnera une première idée du rythme réel de l'atelier.

Quai du Hédas, les riverains ont obtenu une réunion de suivi en décembre. La mairie de Pau y conviera le conseil de quartier et la direction, pour faire le point sur le bruit, les livraisons et les stationnements. Le reste appartient au bois.

La fermeture de 2022 n'avait rien de brutal.

Thomas Thomas, Rendez-vous

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