Le tableau noir reste vide
La directrice, Sylvie Cazalet, a passé quarante minutes au téléphone avec la circonscription. La réponse est tombée peu avant 9h : aucun remplaçant disponible avant le mardi 29 septembre au plus tôt, et peut-être le jeudi, alors que trois autres écoles du secteur se trouvent dans la même situation cette semaine et que les appels s'accumulent sans réponse.
Personne ne remplace.
Sandrine Lapeyre, aide-soignante à la clinique Bellevue, a appelé son cadre à 9h05, puis elle a posé une demi-journée, et deux autres mères ont fait de même dans la foulée. « Je ne peux pas recommencer trois jours de suite », dit-elle en regardant la grille, les bras croisés. Le service minimum tient : deux groupes de seize enfants ont été répartis entre la salle de motricité et la bibliothèque, encadrés par deux ATSEM et une intervenante. Cela tient une matinée, pas une semaine.
Quarante-deux élèves pour un poste
L'école Marancy compte onze classes pour 287 élèves. Le CP concerné affiche trente-deux inscrits, un chiffre supérieur de neuf à la moyenne de l'établissement, et la carte scolaire de juin n'a prévu aucun poste supplémentaire pour cette rentrée.
Un professeur remplaçant rattaché à la circonscription couvre en principe sept écoles du secteur, de Bizanos à Gelos, mais ce vendredi il était déjà mobilisé sur une classe de CE1 à Jurançon, puis sur un congé maternité à Idron, si bien que le CP de Marancy s'est retrouvé sans titulaire pour la journée entière.
Un poste pour sept établissements.
Ce que change une semaine sans cours
Les trente-deux enfants sont entrés en CP depuis le 1er septembre. Ils apprennent les correspondances entre les sons et les lettres, la tenue du crayon, l'écriture des prénoms, et une semaine sans titulaire ne se rattrape pas toujours au même rythme pour tous, surtout pour ceux qui lisent déjà quelques mots à la maison.
Anaïs Martin, qui tient le stock d'une menuiserie d'art avenue Carnot, a récupéré sa fille à 11h45 le vendredi, prévenu son employeur, puis organisé la journée du lundi chez sa mère, à Billère. « Le mercredi fonctionne, le reste non », résume-t-elle. Deux autres familles ont fait appel aux grands-parents ; une quatrième a demandé un rendez-vous à la PMI. Les ATSEM assurent le cadre, pas la leçon. Le tableau du CP est resté noir tout le vendredi.
La clinique Bellevue compte aussi
À quatre kilomètres de là, la clinique Bellevue cherche depuis le 12 septembre un second agent de stérilisation pour son bloc opératoire : vingt-trois candidatures reçues, quatre entretiens, aucune embauche, et le poste reste ouvert en CDD de six mois, renouvelable.
Laure Martin, qui suit les plannings administratifs d'un atelier de restauration de meubles, connaît le même casse-tête : deux arrêts sur un mois, un service qui tourne à trois au lieu de quatre. « On ne remplace pas au pied levé un poste qui demande six semaines de formation », explique-t-elle. À Gelos, une crèche associative affiche quatre places bloquées depuis l'été faute de personnel. Rien ne relie directement l'école et la clinique, sinon la même contrainte de recrutement sur un territoire où l'emploi saisonnier et les horaires décalés pèsent lourd.
Le lundi matin, porte close ou presque
Une réunion est prévue le lundi 28 septembre à 9h15 entre la direction, les représentants des parents et l'inspection académique. Aucune solution de remplacement n'a été confirmée à l'heure où ces lignes sont écrites, et la circonscription doit rappeler mardi avant 10h.
Pour les familles, la semaine s'organise par téléphone. Certains parents ont posé deux jours ; d'autres cherchent à faire garder les enfants après 16h30. Le service de restauration scolaire reste ouvert, la garderie du soir aussi. La classe, elle, attend.